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Blog de diffusion des nouvelles, bande-dessinées, articles et plus généralement des histoires de Ben Wawe, auteur passionné de Science-Fiction, Fantastique et de Récits de l'Imaginaire.

29 Oct

Lord Corlatius/Dr Who 2/3

Publié par Ben Wawe  - Catégories :  #Lord Corlatius-Dr Who

Lord Corlatius/Dr Who 2/3

Bonsoir à tous !

Après la première partie de l'étonnant crossover entre Doctor Who et Lord Corlatius, mon personnage, je vous propose ce soir le deuxième chapitre de cette saga qui, j'espère, vous apportera autant de plaisir à la lecture que j'en ai eu à l'écriture.

Bonne lecture !

Nobles quêtes

Sombres Survivants

Chapitre 2/3

« Avec ceci, vous devriez pouvoir tenir encore quelques heures. »

Le Docteur recule pour admirer son œuvre, tandis que Corlatius referme chaque bouton de sa chemise. Un épais bandage-intelligent a été collé sur sa blessure, et lui injecte suffisamment d'énergie toutes les dix minutes pour lui permettre de tenir. Un soin parfait en temps de guerre.

« Longtemps, votre nom ne reflétait pas votre activité... Docteur, car il faut bien vous appeler nommer. Pourquoi ce revirement ? »

Corlatius se relève lentement, s'aidant des câbles et chaînes de métal qui recouvrent les murs. Par politesse, le Docteur s'est reculé pour le laisser seul.

« Temps désespérés, mesures désespérées. Vous pourriez le comprendre, si vous aviez un quelconque sens de l'honneur. »

Le Docteur offre un regard empli de reproches à son interlocuteur.

« J'agis au mieux de mes intérêts, et de ceux de mon peuple. »

Corlatius serre les poings. Il ne supporte guère ces insultes.

« Je suis persuadé que vos victimes peuvent en témoigner. »

Par réflexe, le Docteur porte ses doigts à son tournevis sonique, seule arme qu'il s'autorise et qu'il arbore sur sa cartouchière.

« Mes... victimes sont tombées pour une cause juste. Je n'ai jamais fui devant mes charges. »

Il remet ses lunettes rondes en place, en espérant souligner l'intensité de son regard.

« L'annihilation de toute Vie peut en effet être considérée comme une cause juste. »

Le Docteur soutient le regard de l'autre, ravivant dans son esprit les souvenirs des trop nombreuses planètes anéanties par la race de son interlocuteur.

« Vous connaissez très bien mon véritable objectif, Docteur. Nul ne doit être tenu responsable des péchés de folie. »

Corlatius retient une toux et un gémissement de douleur. Il refuse de flancher devant lui.

« Et nul ne doit être tenu d'attendre aussi longtemps pour les stopper. »

Le Docteur prononce ses mots comme un crachat, avant de se détourner de lui et de s'approcher de Jenny. Il n'a guère apprécié cette remarque, ni la première, qui a rappelé que ses actes actuels sont bien loin de ses missions précédentes. Il a pleinement conscience de trahir un grand nombre de ses idéaux, mais la Guerre... la Guerre demande des sacrifices. Et il n'a que trop souvent fuit pour les éviter ; il est temps d'affronter ses responsabilités, et les monstres qui les accompagnent.

« Jenny. »

Il tente de chasser ces pensées en s'occupant de la jeune femme, assise et recroquevillée sur elle-même. Depuis son arrivée, ils ont marché pendant deux heures dans d’étonnants couloirs mouvants, infinis, avant que Corlatius ne soit trop atteint pour continuer. Il n’a trouvé aucune information susceptible de l’informer sur leur localisation ; il se dirigeait vers Gallifrey quand il a été expulsé de son vaisseau, et ignore quelle force est suffisamment puissante pour imposer ainsi sa volonté sur lui et sur leur environnement. Les murs, les sols, les plafonds ne cessent de se modifier, pour les troubler et les fatiguer ; mais ce n’est pas le pire.

Ces deux longues heures ont été faites de remarques acerbes, de provocations, de petits tacles assassins ; de poussées de violence réprimées par deux êtres qui ne se supportent pas, et qui ont ignoré les pleurs de Jenny, la forçant à avancer encore et encore. Corlatius a toujours refusé le moindre secours pour marcher, mais sa résistance l’a abandonné et il s’est écroulé de tout son long. Il a fallu l'aider, et ils peuvent maintenant reprendre leur avancée. Et leur quête de vérité.

« Jenny, j'aimerais que vous m'écoutiez très attentivement. »

Le Docteur s'accroupit devant elle et esquisse un simili-sourire devant elle.

« J'aimerais que vous... que vous... »

Il doit la faire parler, en apprendre plus sur sa venue ici, mais les mots sont difficiles à trouver. Jadis, il n'aurait eu aucune difficulté à créer un lien avec elle, dans n'importe laquelle de ses vies ; hélas, ce temps-là est révolu et il n’est désormais tourné que vers la Guerre. La paix, et la douceur des mots, sont bien loin de lui.

« Nous devons savoir si vous vous souvenez de quelque chose, Jenny. Avant votre arrivée ici, durant vos révisions. De science. »

Corlatius est intervenu et se joint à eux, en boitant bas. Il le laisse prendre la main, presque soulagé.

« Nous... et je parle sous son contrôle... n'avons guère de piste sur notre enlèvement. Mais nous avons mené des vies dangereuses et brutales, qui pourraient expliquer notre présence ici. Tel n'est pas votre cas. »

Corlatius pose sa main sur l'épaule de la jeune fille, et esquisse un sourire chaleureux et protecteur pour l'encourager. Silencieusement, le Docteur recule et s'enfonce dans les ténèbres du couloir, attentif.

« Jenny... répondez-moi... y avait-il quelque chose d'étrange ? De suspect ? »

La jeune femme reste longuement silencieuse, fixant Corlatius de ses yeux rougis par les larmes. Son visage est maculé de crasse, ses habits de jeune adolescente sont usés et elle semble sur le point de s'effondrer.

« Suspect ? En dehors de la créature qui a déchiré mon âme quand elle s'est emparée de mon corps ? »

La voix qui s'échappe des lèvres de Jenny n'est plus celle de Jenny. Elle est forte, intense, terrifiante ; inhumaine.

Par réflexe, Corlatius recule et lâche son épaule. Le corps de Jenny est soudainement recouvert d'une aura brillante et orangée, qui n'aurait pas manquée de le brûler.

« Vous êtes si ennuyeux... le Docteur et Lord Corlatius, deux monstres craints et haïs dans tant d'Univers... vous ne vous supportez guère, vous ne méritez plus vos titres, vous n'appréciez pas le sombre reflet que l'autre vous tend, mais vous vous contentez de creuses joutes verbales. »

Celle qui fut Jenny se relève, et craque ses phalanges. Corlatius attend, immobile, tandis que le Docteur rôde dans l'ombre, sa main droite soudain armée de son tournevis sonique.

« Nous sommes Hnlak. Nous enlevons des êtres reconnus comme monstrueux dans le Multivers pour nous divertir. Habituellement, nos hôtes s'entretuent et nous procurent ainsi une grande joie. Vous n'êtes que déception. »

Un immense sourire provocateur apparaît sur le visage de Jenny-Hnlak. Aucun des deux autres ne réagit.

« Nous vous avons sorti de vos guerres. Des études menées par le Docteur dans une tour abandonnée de Gallifrey pour mettre au point l'arme qui arrêterait la Guerre du Temps, et de l'enrôlement mené par Lord Corlatius pour anéantir son propre peuple. Vous êtes rongés par la violence, la peur, la colère et vous ne souhaitez qu'une chose : rentrer chez vous, pour achever vos préparatifs et mener, la mort dans l'âme, votre dernière bataille. »

Jenny-Hnlak les fixe l'un après l'autre, mais ne découvre que des visages fermés et concentrés.

« Humf. Vous nous décevez, et nous n'acceptons guère cette attitude. Vous teniez à cette humaine, n'est-ce pas ? Vous vouliez la sauver ? Trop tard ! »

Jenny-Hnlak tourne son crâne sur la droite, beaucoup trop loin et trop sèchement. Un craquement sinistre se fait entendre, alors que le Docteur et Corlatius se jettent ensemble pour la retenir puis pour la prendre dans leurs bras.

« Il est trop tard pour vous. L'un de vous aurait pu survivre, si vous aviez suivi vos instincts et lancé ce grand combat, mais vous avez refusé cette voie. Ainsi soit-il. Vous périrez donc ensemble, dans le Labyrinthe de Hnlak ! »

La voix inhumaine s'élève désormais du sol, des murs, du plafond. Tout change, tout se transforme et des dizaines d'armes à feu, d'armes blanches et de pièges apparaissent sur un sol désormais fait de sable et de crevasses.

« Le Labyrinthe de Hnlak », murmure le Docteur en tenant Jenny dans ses bras.

« Un bel endroit pour mourir », répond Corlatius en fixant le corps sans vie de la jeune femme qu'il n'a pas pu sauver.

« Mais pas maintenant », poursuit le Docteur en relevant des yeux rougis par la colère.

« Et pas ainsi », réplique Corlatius en se redressant et en serrant les poings.

Ils se haïssent. Ils se méprisent.

Mais ils haïssent et méprisent encore plus l'être qui a pris une vie devant eux, leur rappelant nombre de serments et de promesses brisés. Hnlak ne sait pas ce qu'il a déclenché.

*

Il court.

Poursuivi par des câbles géants et d'énormes pinces faites de sable solidifié, il court. Pour sauver sa vie, pour réussir sa partie du plan. Hors de question de laisser au seul Docteur le bénéfice de la victoire.

Il avise, à quelques mètres, un virage sec. Les pinces claquent dans son dos, tentent d’attraper son long manteau marron ; il accélère, luttant contre la douleur à son torse et la fatigue. Le sol est désormais un marécage lourd et piégeur, mais il parvient à poser le pied sur les endroits les plus secs et les plus solides. Le plafond est constitué de stalactites, de plus en plus longs et menaçants.

Hnlak ne ménage pas sa peine pour freiner sa course. Hnlak devra faire encore mieux.

A quelques mètres du virage, Corlatius convoque ses forces et se propulse en avant. Son bras droit se lève et s’enfonce brutalement dans le mur végétal, jusqu’à trouver une branche solide. Il profite de cet appui pour faciliter le virage, et se jeter directement dans le nouveau couloir.

A nouveau, son environnement change : une glace terrible et glissante recouvre le sol et les murs, tandis que le plafond est désormais fait de roche sombre qui s’effrite et laisse chuter de nombreux blocs dangereux.

Prenant une grande inspiration, Corlatius n’hésite pas et fonce devant lui, s’accroupissant et plaquant ses chaussures au sol pour glisser sur l’épaisse plaque de glace. Celle-ci, parfaitement lisse, est idéale pour accélérer et mettre de la distance entre les câbles et les pinces… qui ne claquent plus derrière lui.

Trop occupé à maîtriser sa glissade et à éviter les blocs de pierre, il ne peut pas se retourner et essaye de se rassurer en se disant qu’il s’éloigne de plus en plus de ses poursuivants ; mais, au fond, il sait très bien que ce silence veut dire que Hnlak s’est lassé des pinces et des câbles, et qu’il passe à de nouveaux jouets.

Alors qu’il prend de la vitesse, Corlatius découvre avec frustration que son adversaire refuse de lui laisser le moindre avantage.

Le couloir se modifie à nouveau, le sol devenant un amas de stalagmites pointus et acérés. Surpris, il est déséquilibré et roule douloureusement sur le sol, son manteau et sa chair endommagés par les pointes. Il parvient à se relever dans le mouvement, et poursuit sa course en zigzaguant entre les pics.

Le plafond et les murs n’ont pas changé, mais Hnlak ajoute du piment en lançant à ses trousses deux nouvelles créatures. Des grognements terribles et métalliques le poussent à jeter un rapide coup d’œil en arrière, pour découvrir deux tigres robotiques, recouverts à moitié de chair et à moitié d’acier.

Filant entre les stalagmites, ils se rapprochent douloureusement. Leur vitesse ne cesse d’augmenter alors que la sienne décroît invariablement. Il sent son cœur, le cœur de cet hôte toujours inconnu, battre fort, trop pour son bien. Sa blessure le fait souffrir, et se rouvre malgré les soins apportés par le Docteur.

Il ne tiendra plus longtemps – mais l’issue est proche.

A quelques mètres vient d’apparaître une porte en bois, au milieu du couloir. Une pause, bienvenue.

Hnlak est un monstre, qui règne sur cet espace et cherche à les détruire, uniquement selon ses règles. Enervé de ne pouvoir se divertir en voyant Corlatius et le Docteur s’affronter, il s’est lancé dans une chasse contre ses deux victimes, mais a développé un goût prononcé pour la torture psychologique : il n’hésite pas à créer des « zones de sécurité », des petits moments où ils peuvent se reposer avant d’être à nouveau poursuivis.

Alors que les crocs des tigres robotiques claquent derrière lui, qu’il sent leur haleine chargée et l’odeur âpre du métal chauffé par leurs systèmes, il pousse sur ses jambes et se jette en avant. Ses bras en croix frappent brutalement le bois de la porte, qui cède sous la pression.

Il s’écroule brutalement sur le sol, roulant à nouveau mais ne parvenant plus à se relever. Là, allongé sur le ventre, exténué, il découvre un environnement sobre mais neutre et sans danger : une pièce métallique, carrée, sans issue.

La porte derrière lui disparaît, et il se retrouve sans possibilité de fuir – mais sans menace directe. Pour quelques instants, il peut se reposer. Pour quelques instants, il peut contre-attaquer.

*

« Il n’y a plus d’issue, Docteur. Le jeu est terminé », ricane une voix omnisciente et inhumaine.

« Beaucoup me l’ont déjà dit. Ils ne sont plus là pour confirmer », réplique-t-il d’une voix douce.

Debout sur une corniche, sur le rebord d’un immense bâtiment rectangulaire rongé par des dizaines de verres métalliques géants qui brisent la pierre, le Docteur se défend avec son seul tournevis sonique. Il ne panique pas.

Depuis bientôt six heures, il a quitté Corlatius et évite les attaques de Hnlak, usant de sa ruse et de son esprit pour contrecarrer chacun de ses pièges. Il est usé, fatigué et lassé, mais sa combativité et son esprit de survie l’empêchent de céder ; il se refuse à offrir la victoire à un monstre qui tourmente des innocents depuis trop longtemps.

« Vous êtes fier, Docteur. Vous refusez l’échec, votre échec, même quand il est inévitable, et évident. J’admire votre détermination », siffle la voix de la créature.

« Je te comprends. Je ne peux cependant faire de même : tu manques d’originalité et d’imagination pour un mercenaire habitué aux chasses sur son domaine. »

« Je ne vous connaissais pas aussi arrogant. La Guerre du Temps change un homme. »

« Je ne suis pas un homme », réplique le Docteur d’une voix plus lourde et autoritaire. « Je suis un Seigneur du Temps, et je ne saurais céder devant toi ! »

Sans prévenir, le Docteur se jette dans le vide. Avec des gestes plus vifs qu’on ne pourrait le croire au vu de son âge, il allume son tournevis sonique en visant tout d’abord le bâtiment de pierre, puis la zone sous lui.

Soudain, la roche de l’immeuble se transforme, s’étire et s’avance dans le vide, jusqu’à créer une véritable annexe. Juste à temps pour recevoir le Docteur, qui chute lourdement dessus, sain et sauf.

« Hum… intéressant », souffle la voix rauque de Hnlak, dont les verres métalliques poursuivent l’ennemi sur l’annexe rocheuse. « Il semble que vous ayez trouvé la bonne fréquence. »

Le Docteur ne réplique pas, mais acquiesce intérieurement en évitant la percée d’un verre immense, dont les crocs en métal passent à quelques centimètres de son crâne. Il se jette encore dans le vide, étirant encore la pierre pour se créer un autre étage, un autre niveau de survie.

Hnlak a raison : il a trouvé la bonne fréquence, celle qui permet à la créature omnisciente de modifier l’environnement dans lequel il se trouve. Cela implique que toute la planète est un gigantesque parc virtuel pour lui, dans lequel il enferme ses victimes en leur faisant voir des éléments qui n’existent pas, ou qui n’existent pas dans les mêmes proportions.

Ceux qui meurent ici croient mourir, et le croient suffisamment pour persuader leurs corps de cesser de vivre. Hnlak manipule la réalité et les perceptions.

Le Docteur aussi.

*

Le mur, auparavant froid et lisse, devient une gigantesque étendue de sable fin, qui s’écroule sous l’effet de la gravité. Un long couloir sombre et menaçant apparaît juste derrière. Hnlak vient de signifier que la partie recommence, mais Corlatius ne veut plus jouer.

Pendant ces douze minutes accordées par son adversaire, il a fait le point sur les informations à sa disposition, issues de sa propre expérience et des quelques mots échangés avec le Docteur avant leur séparation.

Hnlak est un mercenaire, une entité extraterrestre omnisciente sur sa planète. A la base programme informatique classique d’une race avancée, il a développé sa propre conscience et a refusé de continuer à suivre les ordres de ses maîtres ; une guerre a éclaté, et la création a renversé le créateur en annexant entièrement son monde – et son peuple.

Utilisant une forme dérivée et vorace de nano-technologie, Hnlak a agressé chaque être vivant et l’a intégré à son système, transmettant ses ordres à ces corps comme s’il s’agissait de logiciels dérivés. Désormais maître et dieu d’une planète qu’il recouvre entièrement, il est engagé pour piéger, anéantir puis absorber ceux qui ont gêné des êtres trop hauts placés ou trop dangereux.

Alors qu’il sort lentement de la pièce de métal, qui disparaît dès qu’il a franchi le seuil du nouveau couloir, Corlatius ne peut s’empêcher de voir en Hnlak une forme dérivée de lui-même… frère, même. Lui aussi n’a plus de corps « à lui », lui aussi asservit des hôtes pour ses propres besoins, lui aussi n’hésite pas au sacrifice de ces réceptacles pour parvenir à ses fins.

Il tente, toujours, de posséder des personnes dans un coma irréversible, ou quasiment décédées, afin que sa présence ne « gêne » pas, et que ses capacités de modification du physique, qui lui permettent de changer la forme de son hôte pour toujours avoir le même aspect, ne soient pas trop dommageables pour l’hôte.

Cependant… cependant, il demeure un parasite, qui use de ses pouvoirs pour annexer un être vivant et s’en servir à sa convenance. Hnlak le fait simplement à plus grande échelle, et ne se cache pas derrière un code ou une morale que Corlatius viole régulièrement, quand sa propre survie est menacée.

Ses poings se serrent alors que l’idée chemine, et qu’il sent la rage monter en lui. Il ne supporte guère d’être mis face à ses démons. Pour accomplir sa mission, pour mener une armée contre les Liktalzzz, son propre peuple, Corlatius a besoin de confiance ; d’une totale et indestructible foi en l’importance et au bien-fondé de ses actions.

Il ment. Il trompe. Il manipule. Il contrôle. Il tue.

Pour une bonne cause.

Cela ne rachète rien, mais cela justifie tout. En faisant face à Hnlak, au nouveau couloir fait de roches en fusion dans lequel la créature souhaite le poursuivre, Corlatius doit se confronter au reflet de ses propres actes.

Comme le Docteur, qui a chuté de son piédestal pour se salir les mains dans une guerre qu’il n’a pas voulue mais qu’il doit mener, Corlatius a sali son âme par ses actions, en espérant servir le plus grand nombre. Le sacrifice pour le bien collectif.

Hélas, Hnlak lui rappelle que, malgré le bien qu’il pourrait faire, l’essence même de son existence, basée sur le contrôle d’autrui, le place du « mauvais côté ». Il est un monstre… il n’est pas différent de Hnlak.

Et il ne le supporte pas.

« Assez », murmure-t-il faiblement, tandis qu’il entend dans son dos le retour des tigres métalliques. « Cela doit cesser », glisse-t-il en fermant les yeux.

« Déjà ? Tu cèdes déjà ? », ricane la voix omnisciente et inhumaine de Hnlak. Le son se répercute dans tout le couloir, qui se transforme en étendue urbaine anonyme et apparemment sans danger. « J’escomptais plus du célèbre Lord Corlatius, Roi des Liktalzzz, qui a assassiné et anéanti de ses propres mains une race dans les 145. Je te pensais plus combatif, après cet exploit. »

« Je n’ai ni assassiné, ni anéanti les Uetifs de mes mains. Je n’ai fait que permettre à certains d’en décider ainsi, et ce péché me poursuivra jusqu’à ma mort », murmure-t-il à nouveau en joignant les mains devant ses lèvres.

« Détail que tout ceci. Il n’empêche que tu es connu, dans les 145, comme le monstre responsable d’un génocide universel. Et qui s’est retourné contre les siens. »

« En effet », répond Corlatius en serrant les dents. « J’ai fait tout ceci, et je suis fatigué de ton jeu. Tue-moi si tu le souhaites, je suis las de fuir », souffle-t-il en articulant chacun de ses mots.

« Quelle déception… le Docteur, au moins, ne s’abaisse pas ainsi. Il ne cesse de m’affronter, de me combattre : il court, saute, use de son tournevis sonique et de son esprit génial pour anéantir chacune de mes attaques. Je l’avoue, je pourrais ressentir une forme de fatigue si je subissais vos faiblesses humaines. »

« Assez. Que cela cesse », réplique-t-il sèchement en demeurant stoïque.

Hnlak ne répond rien à un tel ordre, soudain silencieux tandis que Corlatius entend des cliquetis mécaniques autour de lui. Il reste calme, et tente de se concentrer sur ses sens pour éviter de penser à ce que Hnlak prépare.

Il ne songe pas aux tigres mécaniques, au rhinocéros démoniaque ou aux pinces qui ont failli, à de trop nombreuses reprises, l’embrocher. Il ne songe pas au volcan qui pourrait apparaître sous ses pieds, pour brûler son corps à petit feu. Il ne songe pas aux autres horreurs auxquelles Hnlak l’a confronté.

Il n’y songe pas, car il est déjà mort.

Un immense javelot métallique a transpercé son torse et brisé son cœur, le tuant sur le coup. Il n’a guère souffert, et il ne l’a pas vu venir.

Etonnamment, Hnlak lui a offert un trépas autant agréable que possible.

Corlatius est mort.

Seul demeure le Docteur.

Lord Corlatius est ma création. Tous droits réservés.

Dr Who est une création de BBC. Tous droits réservés.

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